Retour au numéroÉditorial · VOLUME 2 · N° 1 · 2026

Transformations technologiques et organisationnelles : repenser la performance, la résilience et la durabilité

Adel ALOUI1

  1. Rédacteur en chef · Editor-in-Chief, RAILS — Review of Advances in Industry, Logistics & Supply Chains
Publication archivée · CC BY-NC 4.0Télécharger le texte intégral
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Texte de l’éditorial

Les transformations qui traversent aujourd’hui les organisations, les systèmes industriels et les chaînes d’approvisionnement sont à la fois technologiques, environnementales, géopolitiques et humaines. Digitalisation et intelligence artificielle, impératifs de durabilité, multiplication des risques, reconfiguration des échanges et évolution des formes de travail modifient profondément les conditions dans lesquelles les organisations construisent leur performance et assurent leur capacité d’adaptation. Ces évolutions invitent à dépasser une lecture essentiellement technologique de la transformation. Si les technologies numériques offrent de nouvelles possibilités en matière d’automatisation, de visibilité, d’aide à la décision ou d’optimisation des ressources, leur adoption ne garantit pas, à elle seule, une amélioration de la performance, de la résilience ou de la durabilité. Les capacités organisationnelles, les compétences humaines, les mécanismes de coordination et les caractéristiques des territoires dans lesquels s’inscrivent les activités jouent également un rôle déterminant. C’est autour de cette réflexion que s’articulent les six contributions réunies dans ce deuxième numéro de RAILS (Review of Advances in Industry, Logistics & Supply Chains). À travers des objets, des terrains et des approches méthodologiques différents, elles permettent d’aborder la transformation à plusieurs niveaux, depuis les évolutions des modèles industriels jusqu’aux nouvelles formes d’organisation du travail, en passant par les chaînes d’approvisionnement, les réseaux logistiques, les applications sectorielles de l’intelligence artificielle et les dynamiques territoriales. Le numéro s’ouvre par une analyse bibliométrique et thématique consacrée aux Industries 4.0 et 5.0, à la performance organisationnelle et au développement durable. Elle met notamment en évidence l’évolution progressive de la littérature d’une approche technocentrée vers une vision plus intégrative accordant une place croissante à l’humain, à la résilience et à la durabilité. Cette évolution trouve un prolongement empirique dans la deuxième contribution, consacrée à la digitalisation des chaînes d’approvisionnement en Afrique de l’Ouest. Celle-ci montre que la technologie ne produit pas mécaniquement la résilience et la performance durable : ses effets passent notamment par le développement de capacités organisationnelles et relationnelles. La question de la résilience est ensuite replacée dans l’environnement plus large des réseaux logistiques mondiaux. Face aux incertitudes géopolitiques et aux défis climatiques, la troisième contribution souligne la nécessité d’intégrer davantage la gestion des risques et les impératifs de durabilité dans la conception et le pilotage des systèmes logistiques. La quatrième contribution prolonge cette réflexion dans le secteur aéronautique en examinant, à travers une revue systématique de la littérature, la manière dont l’intelligence artificielle et les technologies numériques peuvent contribuer à une gestion plus durable et circulaire de la fin de vie des aéronefs. Les deux dernières contributions permettent de déplacer le regard vers les dimensions territoriales et humaines de ces transformations. L’étude consacrée à la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima propose un modèle conceptuel reliant les déterminants territoriaux de la durabilité logistique à l’attractivité des firmes multinationales du transport, en mettant notamment en perspective le rôle des infrastructures, de la gouvernance, de l’innovation, du capital humain et de la transition énergétique. Enfin, l’article consacré au télétravail interroge les transformations de l’organisation du travail et montre que celui-ci peut désormais être appréhendé non seulement comme un instrument de flexibilité, mais également comme un facteur d’attractivité, de rétention et, dans certaines situations, comme une forme de rétribution. Au-delà de la diversité de leurs objets, de leurs méthodes et de leurs niveaux d’analyse, ces contributions font apparaître plusieurs enseignements communs. Le premier concerne la place de la technologie. Qu’il s’agisse des Industries 4.0 et 5.0, de la digitalisation des chaînes d’approvisionnement ou de l’intelligence artificielle appliquée à l’économie circulaire, la technologie apparaît comme un levier majeur de transformation, mais non comme une finalité en soi. Sa contribution à la performance dépend de la manière dont elle est intégrée aux processus, aux compétences et aux capacités des organisations. Le deuxième enseignement tient au rapprochement croissant entre résilience et durabilité. Dans un environnement marqué par les risques géopolitiques, les perturbations des flux, les contraintes environnementales et la transition énergétique, ces deux dimensions ne peuvent plus être envisagées séparément. Construire des systèmes industriels et logistiques performants suppose désormais de concilier leur capacité à absorber et à surmonter les perturbations avec leur aptitude à inscrire leurs activités dans une trajectoire durable. Enfin, les contributions de ce numéro rappellent que ces transformations s’inscrivent toujours dans des contextes particuliers. Les capacités organisationnelles, les relations entre acteurs, les caractéristiques sectorielles, les ressources territoriales et les attentes des salariés influencent la manière dont les technologies sont adoptées et dont leurs effets se matérialisent. Cette diversité des contextes invite ainsi à éviter les réponses universelles et à privilégier une compréhension plus située des processus de transformation. Une interrogation commune traverse dès lors ce numéro : comment mobiliser les transformations technologiques et organisationnelles pour construire des systèmes industriels et logistiques à la fois performants, résilients et durables ? Les travaux réunis ici suggèrent que les réponses à cette question résident moins dans une technologie ou un modèle particulier que dans la capacité à articuler plusieurs dimensions souvent étudiées séparément : technologie et organisation, efficience et résilience, performance et durabilité, dynamiques globales et réalités territoriales, transformation des processus et évolution du travail. Cette lecture rejoint l’ambition de RAILS de favoriser le dialogue entre les différentes perspectives qui contribuent aujourd’hui au renouvellement de la recherche en management industriel, en logistique et en supply chain. La diversité des approches méthodologiques, des terrains et des niveaux d’analyse réunis dans ce numéro constitue, à cet égard, une richesse. Elle permet de confronter les cadres conceptuels aux réalités organisationnelles et territoriales et d’ouvrir de nouvelles pistes de recherche sur des transformations dont les effets dépassent de plus en plus les frontières traditionnelles des disciplines. Nous remercions chaleureusement les auteurs pour la confiance accordée à RAILS, ainsi que les évaluateurs et les membres des comités éditorial et scientifique pour leur contribution à la préparation de ce deuxième numéro. Nous espérons que les travaux qui y sont réunis nourriront les réflexions des chercheurs et des praticiens et encourageront de nouvelles contributions capables d’éclairer, dans toute leur diversité, les transformations qui redessinent actuellement les systèmes industriels, logistiques et organisationnels.

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Comment citer

ALOUI, A. (2026). Transformations technologiques et organisationnelles : repenser la performance, la résilience et la durabilité RAILS – Review of Advances in Industry, Logistics & Supply Chains, 2 (1).

ISSN 2981-2674 · CC BY-NC 4.0

Publication originale RAILS · Éditeur : AIMIL. Le PDF est conservé sans modification.